Publié le 30 septembre 2024 par Mon Pôle Formation
La réindustrialisation de la France passe-t-elle par la création d’un grand opérateur public de formation ? C’est la proposition phare d’un rapport de la Fondation Jean-Jaurès publié le 29 septembre 2024. Face à la pénurie de compétences dans les secteurs industriels et aux difficultés persistantes de recrutement, ce think tank propose une refonte structurelle du système de formation professionnelle français pour répondre aux besoins de l’économie réelle. Une recommandation qui intervient alors que le gouvernement multiplie les annonces sur la réindustrialisation du territoire et que les tensions sur le marché du travail atteignent des niveaux historiques.
Le diagnostic : une inadéquation structurelle entre formation et besoins industriels
Le constat dressé par la Fondation Jean-Jaurès est sans appel : malgré les réformes successives de la formation professionnelle, le système français peine à répondre aux besoins des entreprises industrielles. Selon les données du Ministère du Travail, plus de 200 000 postes restent non pourvus dans l’industrie française en 2024, principalement faute de candidats disposant des qualifications requises.
Cette situation paradoxale intervient alors que la France compte environ 6 millions de demandeurs d’emploi et que les investissements dans la formation professionnelle n’ont jamais été aussi élevés. Le budget consacré à la formation professionnelle et à l’apprentissage s’élève à plus de 40 milliards d’euros par an, dont une part croissante est mobilisée via Mon Compte Formation.
L’éclatement du paysage de la formation professionnelle constitue l’une des principales causes identifiées. Avec plus de 80 000 organismes de formation référencés sur le Datadock et environ 300 000 formations disponibles, l’offre est devenue illisible pour les entreprises comme pour les particuliers. Cette fragmentation empêche la constitution de filières de formation cohérentes et alignées sur les besoins industriels de long terme.
La proposition : créer un opérateur public de référence pour l’industrie
Face à ce constat, la Fondation Jean-Jaurès propose de « restaurer un grand opérateur public de formation » spécialisé dans les compétences industrielles. Cette structure aurait pour mission de coordonner l’offre de formation, de garantir la qualité des parcours et d’assurer l’adéquation avec les besoins réels des territoires industriels.
Selon le rapport, cet opérateur devrait répondre à plusieurs objectifs stratégiques :
- Structurer une offre cohérente de formations industrielles couvrant l’ensemble des métiers, du CAP aux diplômes d’ingénieurs
- Garantir l’excellence pédagogique par des référentiels nationaux et des formateurs hautement qualifiés
- Assurer la continuité territoriale en déployant des centres de formation dans toutes les régions industrielles
- Créer des partenariats durables avec les entreprises industrielles pour anticiper les évolutions technologiques
- Proposer des parcours certifiants reconnus par France Compétences et valorisables tout au long de la carrière
Ce modèle s’inspire partiellement de structures historiques comme l’AFPA (Association pour la Formation Professionnelle des Adultes), dont le démantèlement progressif depuis les années 2000 est régulièrement pointé comme une erreur stratégique. L’opérateur envisagé disposerait toutefois de moyens renforcés et d’une gouvernance associant l’État, les régions et les branches professionnelles industrielles.
Mon Pôle Formation est un organisme certifié Qualiopi, gage de qualité reconnu par l'État. Toutes nos formations sont éligibles au financement CPF et OPCO.
Les enjeux de la réindustrialisation : un défi de compétences avant tout
La proposition intervient dans un contexte de volonté politique forte de réindustrialisation. Depuis 2020, la France a lancé plusieurs plans industriels majeurs : France 2030, plan hydrogène, plan batteries, relocalisation de productions stratégiques. Ces ambitions se heurtent toutefois à un obstacle majeur : le manque de main-d’œuvre qualifiée.
| Secteur industriel | Postes non pourvus (estimation 2024) | Principaux métiers en tension |
|---|---|---|
| Métallurgie et mécanique | 45 000 | Usineurs, soudeurs, chaudronniers |
| Électronique et électrotechnique | 38 000 | Techniciens, monteurs-câbleurs |
| Aéronautique et spatial | 25 000 | Ajusteurs-monteurs, techniciens qualité |
| Chimie et pharmacie | 22 000 | Techniciens de production, conducteurs d’installations |
| Industries vertes (batteries, hydrogène) | 18 000 | Techniciens process, ingénieurs procédés |
D’après le rapport, « la réindustrialisation ne pourra réussir sans une politique ambitieuse de développement des compétences, pilotée par un acteur public capable d’inscrire son action dans la durée ». Cette vision s’oppose à la logique de marché qui domine actuellement le secteur de la formation professionnelle, où la rentabilité à court terme l’emporte souvent sur l’intérêt général.
Les mutations technologiques accentuent ces défis. La transition vers l’Industrie 4.0, l’automatisation, la robotisation et la décarbonation des processus industriels nécessitent des compétences nouvelles que peu d’organismes de formation maîtrisent aujourd’hui. Un opérateur public pourrait investir massivement dans ces domaines émergents sans être contraint par la rentabilité immédiate.
Mon Pôle Formation propose plus de 300 formations dans des domaines variés : bureautique, langues, management, sécurité et intelligence artificielle.
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Demander un conseil gratuit →Quid du système actuel : forces et faiblesses de l’écosystème existant
Le système français de formation professionnelle a connu de profondes transformations ces dernières années. La loi « Avenir professionnel » de 2018 a modifié les règles de financement et renforcé le rôle du Compte Personnel de Formation (CPF). Conformément aux dispositions du Service-public.fr, chaque actif dispose désormais de droits à la formation mobilisables de manière autonome.
Cette individualisation présente des avantages : elle responsabilise les salariés et facilite l’accès à la formation. Mais elle montre aussi ses limites pour les formations industrielles longues et exigeantes, moins « attractives » que des formations courtes en compétences numériques ou en développement personnel, qui captent l’essentiel des financements CPF.
Les acteurs privés de la formation se sont multipliés, apportant innovation pédagogique et réactivité. Toutefois, leur modèle économique les pousse vers des formations standardisées et rentables plutôt que vers des parcours techniques spécialisés nécessitant des équipements coûteux et des formateurs experts.
Les organismes publics existants (GRETA, CFA publics, universités) continuent de former aux métiers industriels, mais avec des moyens contraints et une coordination limitée. L’absence de pilotage national cohérent conduit à des doublons sur certains territoires et à des déserts de formation sur d’autres.
La certification Qualiopi, obligatoire depuis 2022 pour tous les organismes souhaitant accéder aux financements publics, a amélioré la qualité globale mais n’a pas résolu le problème de l’adéquation entre offre de formation et besoins industriels réels.
Les questions en suspens : gouvernance, financement et acceptabilité
La proposition de créer un grand opérateur public soulève de nombreuses interrogations pratiques. Première question : quelle gouvernance adopter ? Une structure exclusivement étatique risquerait de manquer de réactivité face aux évolutions rapides des besoins. Une gouvernance partagée avec les régions, compétentes en matière de formation professionnelle depuis les lois de décentralisation, semble indispensable.
Le financement constitue un autre défi majeur. Dans un contexte budgétaire contraint, la création d’un nouvel opérateur public nécessiterait des investissements significatifs. Le rapport suggère de réorienter une partie des financements actuellement dispersés entre des milliers d’organismes, mais une telle réforme se heurterait inévitablement à des résistances.
Se pose également la question de l’articulation avec les acteurs privés et associatifs existants. L’objectif n’est pas de créer un monopole public mais de disposer d’un opérateur de référence capable de structurer l’offre et de garantir un service minimum sur l’ensemble du territoire. Un modèle hybride, où l’opérateur public coordonnerait un réseau incluant des partenaires privés sélectionnés, pourrait constituer une solution pragmatique.
Enfin, l’acceptabilité sociale et politique d’une telle réforme mérite d’être questionnée. Après quarante ans de libéralisation progressive du secteur de la formation professionnelle, un retour de l’État comme acteur direct constituerait un virage idéologique majeur. Les débats promettent d’être vifs entre partisans d’une logique de service public et défenseurs de la concurrence libre.
Ce qu’il faut retenir
- La Fondation Jean-Jaurès propose la création d’un grand opérateur public de formation spécialisé dans les compétences industrielles pour accompagner la réindustrialisation
- Plus de 200 000 postes industriels restent non pourvus en France, principalement faute de compétences adaptées
- Le système actuel, très fragmenté avec plus de 80 000 organismes, peine à répondre aux besoins de long terme de l’industrie
- Un opérateur public pourrait structurer l’offre, garantir la qualité et assurer une présence sur tous les territoires industriels
- Cette proposition soulève des questions de gouvernance, de financement et d’articulation avec les acteurs privés existants
- La réindustrialisation nécessite des formations techniques longues et exigeantes, moins attractives dans le modèle actuel dominé par le CPF
Pour les professionnels en activité ou en reconversion, cette réflexion sur l’évolution du système de formation professionnelle rappelle l’importance de choisir des parcours certifiants et reconnus par les branches professionnelles. Que le système évolue vers un opérateur public renforcé ou reste dans sa configuration actuelle, la qualité de la formation et la reconnaissance des compétences acquises demeurent essentielles. Mon Pôle Formation, organisme certifié Qualiopi basé à Lyon, accompagne les professionnels dans leurs projets de montée en compétences avec des formations éligibles au CPF et reconnues par les entreprises. Découvrez nos parcours et contactez nos conseillers sur monpoleformation.fr pour construire ensemble votre projet professionnel adapté aux réalités du marché du travail.